West Side Story
Orchestration de Leonard Bernstein, Sid Ramin, Irwin Kostal
1ère exécution le 26 septembre 1957 à New York au Winter Garden Theater de Broadway
Fidèle à Rome où il vint régulièrement quarante ans durant, Leonard Bernstein a été merveilleusement fêté par l’Accademia Nazionale Santa Cecilia qui proposait trois jours de suite en octobre West Side Story dirigé par un Antonio Pappano survolté à la tête d’une excellente distribution.
Leonard Bernstein aurait eu cent ans cette année, ce qui a poussé de nombreuses capitales à commémorer l’œuvre de l’un des plus grands chefs et compositeur du 20ème siècle. Toutes n’ont cependant pas eu la chance de bénéficier d’un maestro aussi talentueux et compétent qu’Antonio Pappano, par ailleurs très attaché à cet artiste hors norme avec qui il eut le privilège de travailler, notamment à Tanglewood au tout début des années quatre-vingt, pour rendre un vibrant hommage à sa mémoire et à sa musique.
Cinquante ans après sa création à Broadway en 1957 et le succès planétaire rencontré par la flamboyante version cinématographique signée Robert Wise avec la délicieuse Nathalie Wood en 1961, la géniale partition de Bernstein surprend toujours par son audace et sa modernité, qui en font la quintessence de la comédie musicale américaine réunissant théâtre, chant et danse.
Fervent admirateur de l’homme, Pappano n’a aucun mal à transmettre sa passion aux instrumentistes de l’Orchestre de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia qui se laissent subjuguer par la trépidante écriture de l’ouvrage. Le public a beau connaître chaque air, anticiper chaque numéro ou attendre avec impatience son morceau fétiche, il n’en reste pas moins sous le charme de cette orchestration brillante, sans jamais être clinquante, enthousiasmé par la vivacité des tempi, la souplesse et la précision des attaques, incapable de choisir entre la tendresse éperdue qui se dégage de la fameuse scène du balcon « Tonight », la phénoménale polyphonie vocale du final du 1er acte, la sublime beauté du « Somewhere », ou les inégalables séquences dansées devenues avec le temps de véritables classiques du genre, immortalisées par le chorégraphe Jerome Robbins.
Pappano qui s’amuse par ailleurs à jouer le père de Maria et plus tard un policier, est totalement investi dans cette exécution à la fois parfaitement millimétrée et d’une totale liberté, qui révèle dans un bouillonnement constamment maîtrisé, l’art et la magie de Bernstein, l’un des rares à avoir su transposer Shakespeare dans l’Amérique de son temps, sans le trahir, mais en le transgressant pour obtenir le meilleur.
Nadine Sierra chante Maria avec jeunesse et spontanéité, de sa jolie voix fraîche et pulpeuse, en évitant de mettre au premier plan une voix d’opéra qui nuirait à l’esprit de l’œuvre et dénaturerait le profil de cette jeune fille portoricaine d’une naïve pureté.
Alek Shrader, malgré quelques problèmes de micros, qui nous ont fait douter un instant des ressources de son instrument, en apparence de texture légère, sait faire valoir de réelles qualités de timbre et d’interprétation en particulier lors du magnifique « Maria » à la ligne de chant contrôlée, sa présence dans le rôle de Tonio dégageant une réelle sensibilité. Il suffit à Aigul Akhmetshina (Rosalia) d’ouvrir la bouche pour enchanter le public avec un « Somewhere » d’une profondeur exceptionnelle, tandis que Tia Architto campe une Anita aux rondeurs et au tempérament latino. Mark Stone est une excellent Riff, Andrea Giovannini un Action convainquant, tout comme Kriss Belligh tour à tour Bay Jon, A‑rab, Snowboy, Big Deal et Diesel, tandis que chacun des membres du Chœur enflamme le vaste auditorium Parco della Musica.
Cet article a été écrit par François Lesueur